"Courir de plaisir" par Nathalie Lamoureux

Publié le par Eve

"Courir de plaisir" par Nathalie Lamoureux

Après des mois d'interruption, vous ne rêvez pas, chers lecteurs de la première heure, je m'adresse à vous, ne sachant pas vraiment si vous êtes toujours au rendez-vous après mon virage "bloggesque" dans le monde de la CAP (course à pied), je vous annonce le retour officiel de mes "chroniques livres". Pour ce faire, je n'ai pas choisi n'importe quel livre, vous l'aurez compris, j'ai choisi un livre sur la course à pied...

La magie a opéré, moi qui ne parvenais plus à terminer un livre depuis des mois, je lu "Courir de plaisir" d'une seule traite. Il s'agit d'un témoignage dans lequel l'auteur, Nathalie Lamoureux, journaliste au Point, raconte son parcours de coureuse à pied, d'ultrafondeuse et d'ultratraileuse.

Au départ de son aventure, car il s'agit bien de l'aventure d'une vie, et non d'une lubie passagère, Nathalie Lamoureux n'a pas vraiment le profil de l'emploi, la parisienne trentenaire se décrit elle-même comme "noctambule", "fêtarde" et "fumeuse" n'ayant pas fait de sport depuis ses années lycée.

C'est forte de cette impréparation manifeste que la néophyte se lance son premier défi et non des moindres, le marathon des sables. Sait-elle où elle met les pieds ? Pas vraiment... Ses pieds justement, constellés d'ampoules au fil des kilomètres, paieront un lourd tribut à cette épopée désertique...

"Je prenais conscience des ressources insoupçonnées du corps humain. J'étais désormais prête à marcher sur les braises. (...) J'allais franchir d'autres étapes, pénétrer d'autres univers. J'entrais dans l'expérience "ultra"."

Nullement échaudée par cette première expérience, Nathalie enquille les défis, "toujours plus haut, toujours plus loin", semble être sa devise. Parmi ses faits d'arme, citons le "Saint Graal", l'UTMB, qu'elle tente à quatre reprises dans un mélange fou d'inconscience, de témérité et de manque total d'humilité, il faut bien le dire, avant d'en franchir la ligne d'arrivée en 2008.

"Je m'inscris, sûre de mon coup. Trois footings par semaine, quelques séances d'escalier et le tour est bouclé. Euh... dans mon imagination."

"Tous les ans, je me vois franchir la ligne d'arrivée. Tous les ans, je prends le départ. Tous les ans, j'échoue à réaliser mon rêve."

Citons aussi, pèle-mêle, le Tor des géants, le Grand Raid de la Réunion, la Petite Trotte à Léon, un CV sportif long comme le bras...

Elle n'a ni les cuisses, ni les mollets d'une athlète de haut niveau, alors c'est plutôt "là-haut" que çà se passe, la tête est dure, sans doute un peu "brûlée" mais manifestement bien faite. Ancienne étudiante en philosophie, Nathalie Lamoureux semble accomplir à chaque fois une sorte de voyage intérieur. Ses défis, elle les affronte souvent en équipe et c'est sur ses courses qu'elle a rencontré ceux qui sont devenus ses partenaires de galère, ses meilleurs amis.

La lectrice que je suis a souvent été tentée de juger l'auteur, la coureuse à pied que je suis s'est heureusement ravisée : à chacun son aventure, ses défis, ses motivations, ses espoirs...

Je vous conseille vivement la lecture de "Courir de plaisir", un témoignage touchant, sincère, honnête, généreux, passionné (et érudit !) sur le parcours d'une personne ordinaire qui réalise des choses extraordinaires.

Courir de plaisir, Nathalie Lamoureux, Editions Guérin, Chamonix, 2011.

Le billet de Courir à Nantes, à lire ici.

Pour moi l'ultrafond est un beau pied-de-nez à l'apathie ambiante des peuples sédentaires, une forme de résistance à être "cul-de-plomb, le vrai péché contre l'esprit", affirmait Nietzsche.

Dès que l'on porte un dossard, on endosse un challenge. Et même si on se moque du chrono, de la montre, on est en compétition avec soi-même, dans la difficulté de l'épreuve, la performance, la volonté d'être reconnu. Le paysage de la ligne d'arrivée revêt un pouvoir symbolique très fort.

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