Maxi-race 2014, orgueil et méjugement

Publié le par Eve

La Maxirace en relais, c'était mon gros challenge du printemps. Un rendez-vous fixé il y a plusieurs mois déjà avec des runners via la twittosphère. Il y a 2 semaines, un membre de l'équipe demande à échanger son relais, le sien a trop de déniv, sa blessure n'est pas encore totalement oubliée, j'accepte... Je troque donc le relais 4 (15 km) contre le 2 : 25.5km – 1061mD+ et 2460mD- en pensant que "çà va le faire" : mon erreur n°1.

Me voici levée à 3 h du mat, un souci d'organisation perso me contraint à profiter d'un covoiturage pour me retrouver au sommet du Semnoz à 4H30, bien en avance sur le timing prévu : mon erreur n° 2.

A peine sommes-nous arrivées au sommet que je reconnais Sébastien Thévenard (vainqueur UTMB 2013), il court derrière la voiture, il aura mis seulement 1h30 à boucler la première partie, "ambiance warriors"^^

J'attends mon relayeur pendant deux heures dans le froid avec mon petit duvet Uniqlo, il fait 8 degrés, dans les 4 degrés en ressenti... à cause du vent, bref je suis à poil, et assez peu sensible à la splendeur du lever du soleil. Les coureurs de la Maxi arrivent en débardeurs et shorts/jupettes, c'est mieux pour évacuer la sueur parait-il... Les garçons font pipi partout : normal... pas de toilettes !

Il n'y a aucun abri possible, ni bout de tente, ni brasero (le trailer n'est pas une chochotte) et je me fais jeter au moins 3 fois par l'orga, comme pas mal d'autres trailers qui se pèlent...

2 heures et 2 soupes plus tard, le soleil se lève ENFIN, je m'occupe comme je peux et j'appelle l'orga peu sympathique (c'est dit) pour un trailer avec le bras amoché, en sang qui veut repartir quand même (je le convaincs de montrer son bras aux secouristes "histoire de"... Avec le froid et l'adrénaline, il est complètement anesthésié... "ambiance warrior"

Mon relayeur arrive comme un métronome pile-poil à l'heure prévue : 6h30, on échange quelques mots, il me passe la ceinture avec la puce, et là j'oublie juste de lui demander des gels (oui j'ai pas eu le temps de passer au GO sport qui a rouvert la veille !!!) : erreur n° 3.

Me voici partie pour une bonne descente roulante de bien 6 km et environ 900 de D- à travers bouts d'alpage et chemins forestiers, çà se passe pas mal du tout, je me réchauffe enfin et çà fait du bien.

9eme km et 1er ravito d'eau à St Eustache, un ravissant petit village, je mange une banane, j'écris un sms (je n'avais pas de réseau là haut), je bois, tout va bien à ce moment-là, je tiens encore mon timing.

Avant la première grosse montée, j'aperçois un groupe de trailers locaux, un petit coucou, çà fait plaisir de voir des têtes connues.

Dans la montée jusqu'au premier col, le col de la Cochette, çà se gâte un peu, une première montée qui tue, bien raide et boueuse (un vrai bourbier), en haut je me retrouve vidée, exsangue.

J'avance tranquilou, l'ascension n'est pas terminée, je me fais doubler maintes fois, la montre fait mal, les jambes font mal. Les gens souffrent autour du moi, j'engage la conversation avec une dame qui fait la maxi, elle parle d'abandon au tél, je la quitte assez vite, mon moral va être touché.

Les quelques spectateurs au bord des chemins nous encouragent tout comme tous les bénévoles que je croise, çà fait vraiment chaud au coeur <3

Plus loin c'est un monsieur qui s'arrête sans arrêt pour s'asseoir, il est althérophyle me dit-il, je le retrouve allongé au sommet, je l'invite à vite redescendre, il fera moins froid en bas. Il me redoublera en descente plus tard, il aura repris du poil de la bête.

J'apprécie tout juste d'être arrivée au sommet du col à 1300m, on est dans une purée de pois, impossible d'admirer la vue.

J'engage ensuite une lutte contre moi-même pour ne pas abandonner et priver mon équipe de leurs relais respectifs. Première descente du col, très cassante, oui je sais çà se voit sur le profil mais je ne la pensais pas aussi raide, pourtant j'habite le coin.

18,5 km, Lieu dit "Les Maisons", 2eme ravito d'eau, j'oublie de remplir ma poche à eau : erreur n°4 et c'est reparti après un briefing rapide au téléphone avec mon copain sur la porte horaire, je suis dans le rouge. Puis une ultime et interminable grimpée du "mini" col (sur la carte).

La descente du second col sera une vraie torture, toujours aussi cassante... il me reste encore 7 km à faire en moins d'une heure pour être dans la barrière horaire : DON'T PANIC.

Je mobilise tout ce que j'ai d'énergie au tréfonds de moi même pour continuer, aller vite, ne pas tomber (les gens glissent et tombent derrière moi), boire... mais ma poche d'eau est vide : FAIL.

Dans la fin de la descente qui mène à Doussard, je demande de l'eau à des randonneurs, "question de vie ou de mort", sans cette eau, impossible de terminer les 3 bornes, ils me filent une bouteille, je bois et je repars.

La descente va être assez piégeuse, presque jusqu'au bout, le sentier devient facile, c'est la délivrance, j'allonge la foulée, je double.

J'arrive sur le bitume, j'en chiale, les nerfs lâchent, les larmes coulent, putain il me faut terminer ! Un trailer m'annonce 500 mètres avant l'arche, que dalle, ce sera au moins 1 km et j'aperçois Eric, ma montre indique que la porte horaire est passée de quelques petites minutes, je lui donne puce et dossard, il court vers le commissaire, çà passe : YES, I DID IT !

6 heures de course, Finisher, je ne sais toujours pas comment j'ai pu faire les 7 derniers km, si je sais, dans un état proche de l'Ohio.

Les leçons que je tire de cette aventure :

Choisir des défis à ma mesure

En termes de préparation mentale et physique, ne pas changer d'objectif 2 semaines avant l'échéance

Ne pas négliger les détails : savoir remplir une poche d'eau vite fait bien fait, avoir des gels sur soi (les barres de céréales c'est sympa mais pas suffisant)

Ne pas négliger l'organisation en amont de la course

Les jolies photos du site Peignée verticale ici

GRRRRRR, je vais te croquer Col de de la Cochette

GRRRRRR, je vais te croquer Col de de la Cochette

Frrrrrroid !

Frrrrrroid !

"Je suis dans un état proche de l'Ohioooo"

en mode récup :D

en mode récup :D

Publié dans Mes défis

Commenter cet article

Nolwenn 05/06/2014 17:01

Bravo d'avoir fini! Même dans la douleur et même sans vrai "plaisir". ça avait pas l'air facile (bon déjà tout ce qui se fait dans ce coin-là n'a pas l'air facile)

Corwin 05/06/2014 09:49

Ah le TRAIL, pour moi maintenant ça rime avec course de la sagesse!!! Mon pôte très balu et pouratnt s' était défaussé du TRANSJU TRAIL parcours de soit disant 36 km avec 2000 de D+ les montres GPS n'étaient pas trop d'accord plutot 39 mais soit ... Donc l'ami m'avait donné des feuilles avec qq conseils que j'ai suivi à la lettre... Partir tranquille, puis ralentir et au bout de 10 km ralentir encore, ne pas s'occuper des autres qui te doublent tous au début, dans les montées marcher ne pas chercher à courir, et boire boire boire, encore... Donc j'ai cavalé a 80 pour cent de mes capacités et aux de 10 km c'est moi qui doublait plein de monde et comme cela qu'un an que je cours tout court j'étais super fier et vu mon age largué un paquet de jeune... En ce qui concerne l'organisation j'ai trouvé cela super bien , les ravitos avec que du produit régionale très savoureux, et en plus le beau temps, pas froid du tout, ambiance générale très conviviale, je vous invite tous l'année prochaine à participer à cette course, la Haute Savoie c'est pas si loin...
Par contre pour moi il manque encore un petit dej digne de ce nom pour avoir encore plus de jus, et acheter un jour des GELS coup de fouet, un poil de foncier, environ 3 km pour finir totalement frais.
En tout cas BRAVO à toi d'avoir tenu bon, ce genre d'expérience sert beaucoup pour la suite, tu vas franchir un palier mentale et physique, et tu as raison prudence sur les distances!!!!
Bientot pour moi le tour du Mont D'or
https://sites.google.com/site/traildumontdor/parcours/trail-du-mont-d-or
PS: au faite c'est xavier Thévenard pas seb il est venu nous applaudir Dimanche à l'arrivée, très sympa

Fire Rasta 03/06/2014 09:50

Même si tu en as bavé tu es quand allée au bout!! Donc c'était largement un défi a ta mesure :-)
Félicitations

Eve 03/06/2014 14:39

Merci :-) je ne sais pas encore si je remets çà l'an prochain, on va y réfléchir longuement ^^

Alex 03/06/2014 08:52

Bon, ça, c'est fait. On apprend plus de nos difficultés que des réussites sans peines, dc c'est super enrichissant là. Et puis... you did it malgré tout, dc super fier de toi :)
Maintenant, penser au(x) suivant(s) en tenant compte de tout ça, et andiamo ^^

Eve 03/06/2014 09:49

merci mon petit ♥, c'est sûr j'ai beaucoup peiné donc beaucoup appris :)

Karo 02/06/2014 18:16

Bravo d'avoir fini dans de telles conditions qui te serviront d'expérience pour ta suite !
J'avoue que j'ai été bien surprise de te savoir en galère au départ !! C'était pas très cool pour toi ! Et j'imagine stressant ! Je te rejoins sur le manque de toilettes en général !!!
Bonne recup ;-) moi aussi j'avais pleins d gel t aurais dû nous demander !

Eve 03/06/2014 08:32

Oui j'avais une petite dose de stress en plus de la course, j'en tire des leçons, c'est le principal. Beaucoup de relayeurs se sont plaints du froid et de l'absence de toilettes, j'étais pas la seule dans ce cas, peut être en tiendront-ils compte pour l'édition 2015, j'aurais dû vous en demander oui, c'est idiot ! bonne récup également :)

MJ 02/06/2014 18:01

Je comprends mieux ton message maintenant.
En tout cas tu n'as pas démérité: tu as pu finir ta partie, et apprendre de cette course ().
Félicitations même si c’était dans le dur !

Eve 03/06/2014 08:29

J'ai appris des choses sur cete course, c'est le principal, ce serait cool si j'en chiais moins la prochaine fois, juste pour voir... Merci :)

oaz 02/06/2014 17:27

je suis complètement d'accord avec toi sur l'orga en haut du Semnoz c'était carrément abusé, UN toilette et une petite tente un minimum chauffé pour les relayeurs en attente c'était pas "lameràboire" (huhu) putain. je suis partie très contrariée à cause de ça et ça a du participer à mes pb de tuyauterie d'ailleurs héhé.
grand bravo pour avoir fini quand même!! et désolée de pas t'avoir vu en te doublant je t'aurais filé des gels j'en avais plein :p

Eve 03/06/2014 08:28

Je ne comprends pas pourquoi ils n'y ont pas pensé, ou au moins ouvrir le resto plus tôt à côté. C'était pas génial de voir les trailers pisser partout ! Et une femme ne peut pas pisser debout que je sache ;) merci :D moi non plus je ne t'ai pas vu me doubler, j'étais dans le cirage pourtant tu as dû me dépasser ;) je vais faire des provisions de gel.