5 tendances de fond dans le running

Publié le par Eve

Run Dem Crew, London
Run Dem Crew, London

Ces derniers mois j’ai relevé sans rien dire (ou presque) quelques tendances de fond dans l’univers du running. Cela ne vous aura pas échappé, le running est définitivement à la mode, alors prenons un peu de recul sur notre pratique et penchons-nous sur ces effets de mode. Êtes vous du genre à suivre la tendance ? à l'ignorer ? à la devancer ?

1ere tendance) le « crew » :

Avant je courrais dans un « groupe » d'environ 10 personnes tous les mercredi soir. "On s’est connu, on s’est reconnu", via un réseau social aujourd’hui disparu. Nous courrions en moyenne 9 km et avions deux parcours de prédilection, un avec du D+ appelé « la montée du château » et l’autre plutôt plat, le long du lac, j’habitais alors Annecy. Bref, « tu vois c’était pas la misère, c’était pas non plus le paradis… » Quoique… et c’était même rassurant de parcourir le même itinéraire avec presque toujours les mêmes personnes et de constater ses propres progrès, semaine après semaine. Parfois, quand le « train » était trop rapide pour moi, le groupe m’attendait toujours, faisait demi-tour pour venir me repêcher et cela parfois plusieurs fois de suite dans une même sortie ! On était solidaires, c’était convivial, on formait un petit groupe hétérogène, en expériences et en âges : du marathonien aguerri à la traileuse badass ou au trailer « de base », du jeunot au vétéran, du cadre sup à l’employé, et c’était bien ! Courir en groupe, rien de très nouveau et pourtant aujourd’hui la mode est au « crew » et les sorties organisées dans de grandes villes de France drainent parfois jusqu’à 100 participants… On court ensemble… Ensemble, vraiment ? On se lance des défis, on court pour son quartier, sponsor bien visible sur le tee-shirt, c’est le temps de la tyrannie de l’image, de l’hyper-communication via les réseaux sociaux. On court et on en devient parfois un peu arrogant, non ? Je lance le pavé dans la mare, tant pis si cela dérange. On me dira (comme d’habitude) que ce genre d’initiative permet à de nombreux débutants de s’y mettre et de rester motiver… et de courir un premier 10 km… et de rencontrer des gens « formidables »… Alors pour savoir de quoi il retournait, j’ai testé et j’ai donc participé à une sortie nocturne et urbaine organisée par une grande enseigne de running, nous étions environ 100 participants. Les organisateurs étaient super sympas et l'orga très pro mais je n’y ai trouvé, ni de réelle convivialité, ni de vrai partage dans l’effort, c’était juste autre chose... J’ai trouvé que les gens se tiraient la bourre, que c’était à celui qui avait la plus grosse (VMA…) quitte à griller ses cartouches dans les premiers kilomètres. Je suppose que ce type de sortie, extrêmement populaires sur les réseaux sociaux, peut convenir à beaucoup de runners, personnellement je ne m’y retrouve pas.

2) Le coach et son « poulain »

Autre anglicisme, autre tendance, celle du « coach », une tendance qui nous vient tout droit des « States ». Le « coach » à ne pas confondre avec Dédé, l’entraineur du club d’athlé de La Bourboule. Le coach de sport (euh de vie ?) s’occupe du runner dans sa « globalité-totalité-singularité », il propose à son « poulain » des plans d’entrainement à sa « sauce - de derrière les fagots - tu m’en diras des nouvelles ». Le coach t’engueule si tu t’es lâché sur les chocobons, rebooste ton moral au fond des chaussettes la veille d’une course. Bref, il t’aligne les chakras et t’accompagne même lors de ton objectif de la saison : le semi du Maconnais. Le coach materne, conseille, engueule, c’est selon… La relation semble si forte qu’il se peut que le coach devienne ton meilleur pote, ta future moitié ou le parrain du petit dernier… Ok, ma vision est légèrement caricaturale, et prenez çà pour de la jalousie ok ! Car on se trouverait presque un peu tout con, quand on n’a pas la chance d’avoir un coach… On s’en inventerait presque un. « - Dis poussin*, tu veux pas être mon coach ? ». Et de se raviser aussitôt, parce que, nan, c’est pas une bonne idée de demander à notre mec de devenir notre coach, le mien peut avoir parfois un petit côté « marche ou crève congèle dans la montagne » l’hiver ou « pont de la rivière Kwaï » l’été… Bah, si personne ne veut être votre coach, il n’y a plus qu’à vous débrouiller tout seul, lire des bouquins, des magazines, bidouiller votre plan d’entrainement. Devenir votre propre Kim Jong-un intérieur, ce qui inclura de choisir vos objectifs tout(e) seul(e) et de les assumer ensuite, d’abandonner, de réussir et de vous tromper (souvent) ! Il se pourrait même que vous fassiez du coaching sans le savoir, vous êtes peut être le Monsieur Jourdain du coaching. Après tout, lors de votre prochaine course, si une petite jeune vous demande des conseils, (bah oui c’est à vous qu’elle s'adressera), non, non,c'est pas que vous avez l'air vieux mais juste "expérimenté"… ahem… bref, on est tous le coach de quelqu’un…

3) Je juice, tu juices, il juice

Je dirais en substance ceci : « Si t’as pas un blender à 50 ans, t’as raté ta vie… de runner » ou « petit papa noël, dépose un blender sous le sapin s'il te plait ».

Toi, tu voulais juste manger ton petit kiwi du matin tranquillou mais Instagram ne te laisse pas en paix avec ses images de juices… Comment çà tu ne connais pas le nouveau juice tendance (mélange de cramberries, yuzu, betterave, céleri, kale, graines de chia) ?? T’as beau faire le rayon bio de ton supermarché de long en large, scruter le rayon fruits-légumes de ton épicerie bio, punaise, tu rames grave pour trouver ces ingrédients tendance ! Manifestement, les parisiennes galèrent moins que toi pour s’approvisionner en kale, mais comment font-elles ??

4) Healthy or not #Healthy ? That's the question...

Alors là, cette tendance est très facile à résumer, on résume la tendance « healthy » par toutes les autres tendances, vous suivez ? Non ? C’est quand une bloggeuse(le plus souvent) se prend pour ton « coach » et abreuve ton fil d’actu en injonctions « healthy » : et de boire ton « juice »… et de faire des sqats… et d’opter pour un mode de vie « healthy ». La réalité est toute autre, il semblerait que beaucoup de ces filles sur Instagram aient soufferts de troubles alimentaires durant leur adolescence. C'est elles qui le disent et pour certaines, elles mettent en scène leur transformation physique. N’y a-t-il pas de meilleur argument marketing qu’un avant/après ? Qui n'a jamais regardé l'émission de téléréalité "Relooking extrême" me jette la première pierre... Pour moi, la tendance « healthy » est un peu un miroir aux alouettes, une femme a des « formes » et pour 95 % d’entre nous, c’est génétique, c’est hormonal, c’est la nature. Alors autant essayer de s’aimer tout de suite, maintenant, aujourd’hui, plutôt qu’à J - 5 kg… parce qu’il y a mieux à faire qu’essayer de ressembler à un Angel de Victoria Secret... comme par commencer par devenir soi-même. Là où çà devient compliqué c’est quand on te dit de retirer le gluten, le lait de vache, la viande, etc. de ton alimentation… Et que même : çà changera ta vie à tout jamais, c’est très tentant… Je dirais qu’il existe des personnes authentiquement intolérantes à carrément allergiques (en mode vomito-plaques-œdème) pour de vrai (avec diagnostic d’allergologue à la clé) et que leur vie en société n’est pas simple et que leur régime alimentaire est contraignant et bourré d’interdictions. Donc on peut garder l’esprit ouvert, s’informer, réfléchir à notre mode de vie, commencer par changer 2,3 choses sur nos modes de consommation (manger moins de viande, échanger yaourts au lait de vache par yaourts au lait de soja) mais arrêtons de foncer tous azimuts vers toutes les tendances, et de faire la leçon à autrui sur CE qu’il faut manger ou NE PAS manger. Mangeons ce qui nous fait du bien et nous fait plaisir. Je dirais que la voie « Healthy » à suivre est située « quelque part » entre un Angel de Victoria Secret et Michel Houellebecq, à vous de la trouver !

5) Le trail (oui ceci n’est pas une blague), le trail est définitivement à la mode…

TOUT le monde se met au trail, enfin quand je dis « tout le monde », je parle juste de vos followers sur Twitter, de votre pote Ludo ou encore de la bloggeuse parisienne qui court en Nike Free : donc ce n’est pas tout le monde, même si c’est l’impression que vous en avez. Un des symptômes : le vocabulaire du trail est tendance et est de plus en plus employé par le runner des villes : on fait un « week-end choc » dans le 77**, on « lâche les poneys » en descente, on se fait le « cuissot » dans les escaliers, on sort la « frontale » en ville. Le trailer lui-même est devenu tendance, une victime de la mode : famille tech-compression ou famille hypster-minimaliste : choisi ton camp (ou pas). Tout le monde veut faire « son » UTMB, on veut de la boue, du D+, des hommes en caleçon compressif... houla, je m’égare… Si vous avez l’impression que tout le monde s’y met, que tout fou le camp, que les gens consomment du trail, que les urbains ne respectent pas la nature, c’est que le trail n’est déjà plus à la mode… et si on se mettait à un sport authentique, pas encore touché par la mode et le marketing : le yoga ? Oups... ;-)

* running fiction : dans la vie je n'appelle pas mon mec "poussin"

** WTF ?

Publié dans L'actu trail-running

Commenter cet article

Fred 19/12/2014 16:12

Ton article m'a bien fait rire et est finement observé. Je me vois assez bien dans la seconde catégorie (côté coach). C'est une déformation professionnelle car c'est un peu mon métier mais pas dans le monde du sport. Dans ce domaine je me rends compte qu'il y a énormément de mauvais coachs, la faute aux émissions de TV à la cons qui galvaude cette compétence en montrant ce qu'il ne faut surtout pas faire.
Ce que tu décris dans ton article ne m'agace pas plus que ça. Ça m'amuse en regardant tout ça de loin. C'est dans l'air du temps que de s'emballer pour un truc et de vite passer à autre chose.

eve 21/12/2014 10:19

merci pour ton humour, j'aime autant que tu ne prennes pas la mouche ;) (la mouche du coach) Je suis d'accord avec toi, une mode en chasse une autre mais celle du coach est une tendance lourde, les affaires devraient être prospères en 2015 :-)

Fred 19/12/2014 16:13

"qui galvaudent" of course...

Jean-Marc 19/12/2014 09:58

Et ils ont tous un blog pour y raconter tout ce qui leur passe par la tête, avec une vision qui est le fruit de leur personnalité.

eve 21/12/2014 10:15

Et bien, que répondre ? Merci Jean-Marc, c'est Noël avant l'heure :)