« Eightball » de Daniel Clowes : caustique et méchant… mais tellement drôle !

Publié le par Eve

eightballL’Amérique de Daniel Clowes est définitivement celle des anti-héros, des marginaux, des loosers. Dans Eightball, anthologie rassemblant une trentaine d’histoires courtes dessinées à la fin des années 80 et publiées à l’époque dans le magazine du même nom, Daniel Clowes déploie un humour aussi noir que l’encre de Chine utilisée pour ses dessins. Il donne vie à toute une galerie de personnages plus vrais que nature, allant de l’obsédé sexuel au freak, en passant par le Chrétien fanatique, le « pas beau », l’adepte du satanisme, le branché, etc. Sachant en plus qu’un seul personnage peu appartenir à plusieurs catégories et que vous pourriez potentiellement vous reconnaître à un moment donné…

À la fin des années 80, Daniel Clowes n’est pas encore cet auteur de BD culte (Ghost World1, c’est lui) salarié du prestigieux New York Times Magazine. Comme les Éditions Cornélius le mentionnent sur la quatrième de couverture (qui donne à elle seule l’envie de lire l’album2), Daniel Clowes vit encore à Chicago : « Né en 1961 à Chicago, ville réputée pour ses abattoirs, ses gangsters et ses tueurs d’enfants, Daniel Clowes apprend à lire dans les piles de comics des années 50 hérités d’un frère aîné. Au terme d’une enfance timide et solitaire, des études d’art au Pratt Institute de New York achèvent de le démoraliser. »

Avec Daniel Clowes, tout le monde en prend pour son grade, à commencer par LA gloire de Chicago, Jim Belushi des Blues Brothers : « gros, moche, bruyant, abruti, antipathique et buveur de bière mais « plein de bon sens » et « avec le cœur sur la main » ». Il dézingue également ses ex-camarades des Beaux-Arts dans le savoureux « Art School Confidential3 » où il dresse une typologie irrésistible des étudiants en art et balance sec sur les profs libidineux et jaloux qui peuplent la vénérable institution de New York. Impitoyable avec ses personnages jusque dans son trait de crayon peu flatteur à leur endroit (bas joues, double menton, nez en patate, cernes…), Daniel Clowes ne s’épargne pas, se mettant lui-même en scène avec beaucoup d’autodérision. Dans « Un jour comme les autres… », il décrit le difficile work in progress de l’auteur de BD, sorte de mise en abîme où l’artiste se dessine en train de se dessiner assit à sa table de dessin (clair, non ?). La BD a sans doute permis à Daniel Clowes d’exorciser pas mal d’obsessions et de névroses, pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques ! Daniel Clowes est à la BD ce que Woody Allen est au cinéma, une sorte d’intellectuel anxieux, cela donne lieu à des scénarios aussi insensés qu’improbables, je retiendrais : « Naufragé échoué sur une île déserte avec les gens du métro… » ; « Je vous déteste du fond du cœur » ; « Pourquoi je hais les Chrétiens » ou encore « The sensual Santa ». Le dessin de Daniel Clowes est accrocheur, son trait de crayon est précis avec une identité graphique très forte estampillée fifties. Un « flottement temporel » qui joue en la faveur de l’auteur car vingt ans plus tard ses histoires n’ont pas pris une ride. Enfin, les Éditions Cornélius ont bien fait les choses, beau papier, bon format, bonne impression couleur : tout bon quoi !4

 

Eightball, Daniel Clowes, Collection Pierre, Éditions Cornélius, 2009, 20 €

 

Notes

1 Ghost World  raconte l’histoire de deux adolescentes en marge de la société, l’œuvre a été adaptée au cinéma par Terry Zwigoff en 2001, quant à la BD, elle s’est écoulée à 100 000 exemplaires à ce jour.

2 Non, ceci n’est pas une entreprise éhontée de séduction envers le susdit éditeur en vue de m’attirer la sympathie du susdit éditeur.

3 Œuvre également adaptée au cinéma par Terry Zwigoff en 2005.

4 Non, ce n’est pas de la flagornerie, quand c’est bien édité faut le dire, voilà, c’est tout, c’est sincère en plus.

5 Laissez tomber…

 

Le joli5 site Internet des Éditions Cornélius :

 

http://www.cornelius.fr/

 

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