« Helena Rubinstein, La femme qui inventa la beauté », une biographie de Michèle Fitoussi

Publié le par Eve

« Je veux offrir toutes les ressources de la science à ce culte de la beauté dont je mesure combien il est facile de l’éveiller chez les femmes. »

Helena RubinsteinAvant de lire cette biographie, je n’avais qu’une vague idée de la femme qui se cachait derrière « Helena Rubinstein », la célèbre marque de cosmétiques. La photographie glamour de la couverture m’a intrigué et m’a incité à lire cet ouvrage, reçu dans le cadre d’un partenariat avec Blog-O-Book et les Éditions Grasset.

C’est la photographie d’une femme sans âge offrant son plus joli profil au photographe, une femme coquette et extravagante, à l’air très déterminé.

 

« L’impératrice de la beauté », comme la surnommait Cocteau, naît en 1872 dans une famille juive des faubourgs de Cracovie, une famille modeste mais extrêmement soudée et éparpillée aux quatre coins de la planète. Chaja alias Helena est l’aînée d’une fratrie de huit filles, ce qui peut expliquer à la fois son caractère bien trempé et son attrait pour tout ce qui touche à la beauté. Très jeune, Chaja repousse de toutes ses forces la perspective d’un mariage arrangé. Bien décidée à échapper à un destin tout tracé de femme au foyer, c’est avec le consentement de ses parents qu’elle embarque seule à bord d’un paquebot à destination de l’Australie, elle y rejoindra son oncle maternel. Chaja devient alors Helena, elle a 24 ans, quelques économies en poche, un mince bagage contenant les quelques pots d’une crème de beauté dont la recette est un secret de famille et, le plus important, un immense courage et une détermination à toute épreuve. Ce nouveau départ lui offre l’opportunité de changer de prénom et de se rajeunir de quelques années, ainsi, tout au long de sa vie, elle prendra quelques « libertés » avec sa biographie.

J’ai beaucoup aimé la première partie du livre dans laquelle Michèle Fitoussi nous raconte les nombreux obstacles qu’Helena Rubinstein a dû surmonter pour arriver à créer son entreprise, au départ un petit salon de beauté dans son appartement de Melbourne. Elle y commercialise des produits de beauté fabriqués dans sa propre cuisine. Les débuts australiens sont difficiles, elle s’installe d’abord chez son oncle maternel à Coleraine. La désillusion d’Helena est grande, Coleraine, c’est la cambrousse, des troupeaux de moutons à perte de vue, des fermiers mal dégrossis et un soleil de plomb. C’est dans ce milieu hostile que va germer dans son esprit une idée de génie, pourquoi ne pas commercialiser la miraculeuse crème de beauté familiale ? N’est-elle pas sans cesse complimentée sur son teint de porcelaine par des Australiennes à la peau abîmée par les rigueurs du climat ? C’est seulement à l’âge de trente ans qu’elle rejoint Melbourne et met son projet à exécution.

Si sa réussite est avant tout le fruit d’un travail acharné, elle a fait dans sa vie des rencontres opportunes et pour le moins décisives comme celle, en particulier, de son futur époux, Edward Titus. Cet Américain élégant et cultivé aura de multiples casquettes : Pygmalion, mari et père de leurs deux fils, Horace et Roy, publicitaire de génie et éditeur parisien (il publie L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence).

J’ai été beaucoup moins sensible au récit de l’irrésistible ascension européenne puis américaine d’Helena Rubinstein. Une ascension que rien ni personne ne semble freiner si ce n’est, peut-être, sa grande rivale historique Elizabeth Arden. Durant cette période, elle sillonne sans relâche les Etats-Unis afin de visiter en personne chaque corner de la marque, une course en avant dans laquelle elle sacrifie vie de famille et mariage. « Madame », comme l’appellent désormais ses employés, s’est muée en une patronne tyrannique et caractérielle. Sur le pont sept jours sur sept, elle n’en attend pas moins de ses employés (qu’ils soient ou non de sa famille), elle aime diviser pour mieux régner et évince systématiquement ses fils de la vie de l’entreprise.

Si la femme d’affaires implacable des années 1950 et 1960 m’inspire peu de sympathie, la mécène et la collectionneuse d’art m’a tout de suite séduite. Sa relation avec le monde des Arts est évoquée en filigrane tout au long du livre. Introduite dans ce milieu grâce aux relations et aux connaissances d’Edward, elle achète très tôt et par lots entiers, des objets et des œuvres d’art sans toujours beaucoup de discernement. Elle a l’idée judicieuse d’exposer ses collections dans ses salons de beauté transformés en véritables galeries d’art. Toujours à l’avant-garde, elle fait appel aux artistes, designers, et architectes les plus en vue de son époque pour décorer ses salons et ses nombreuses résidences. Les visites d’ateliers d’artistes sont pour elle une échappatoire à un quotidien laborieux. Jusqu’à la fin de sa vie, elle prendra du plaisir à côtoyer des artistes comme Chagall ou Dali qu’elle invite à ses fastueux dîners. La fascination semble réciproque, il faut dire qu’Helena Rubinstein ne détonne pas, elle cultive un look bien à elle, à la fois original et flamboyant.

Le livre de Michèle Fitoussi est très bien documenté et riche en anecdotes piquantes, il lève le voile sur le personnage multi facettes d’Helena Rubinstein, une femme à la fois géniale, fascinante et antipathique. Son destin exceptionnel et aventureux ne vous laissera pas indifférent.

 

Extraits

 

Page 29 : « Helena, Pauline, Rosa, Regina, Stella, Ceska, Manka et Erna Rubinstein. La litanie de leurs prénoms ressemble à une comptine. Toutes jolies, toutes brunes, toutes plus pâles que l’albâtre. Dix ans séparent la cadette de l’aînée. »

 

Page 72 : « La fabuleuse ascension d’Helena Rubinstein en Australie s’explique aussi par son génie du bon timing, ce qui, en affaires comme en amour, est la condition première du succès. Elle est arrivée au bon endroit, au bon moment, dans un pays où les femmes commencent à se sortir des carcans imposés. »

 

Page 156 : « En 1912, Helena Rubinstein a quarante ans, en paraît trente-cinq, et en avoue trente au mieux. En une décennie à peine, elle est devenue à la fois riche et célèbre. Sa trajectoire est unique : à Melbourne comme à Londres, par sa seule volonté et son intelligence, elle a réussi à pénétrer des milieux qui d’ordinaire sont fermés à ceux qui n’en font pas partie par la naissance ou la fortune. »

 

Page 235 : « Madame invite chez elle tous les jeunes artistes qu’elle admire. Marc Chagall a des yeux qui pétillent et un paillasson blond en guise de chevelure. Après quelques verres de vin, il chante en russe ou en yiddish. Son esprit est si vif, son humour si mordant qu’Helena le convoque régulièrement. Ses soirées sont réussies grâce à lui. »

 

Page 287 : « Les économistes inventent la lipstick theory, dont Elizabeth Arden a, la première, énoncé le théorème. En temps de crise, la consommation de produits de beauté est en hausse, car les femmes qui ne peuvent pas s’offrir une nouvelle robe reportent leur frénésie de consommation sur un tube de rouge à lèvres. »

 

Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté, Michèle Fitoussi, Éditions Grasset, septembre 2010, 494 pages, 22€

 

challenge autobio

 

Lecture en lien avec le « Challenge (Auto)biographies » organisé par Bleue et Violette, en cours jusqu’au 31 décembre 2010. 

Publié dans Un peu de lecture

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Elizabeth-Bennet 28/10/2010 12:35


Lien ajouté !!! Sinon est-ce que c'est elle qui avait dit "Il n'y a pas de femmes moches, il n'y a que des paresseuses" ? Ou alors c'est Elizabeth Arden ?


Eve 28/10/2010 18:41


merci ! Oui c'est une phrase d'Helena Rubinstein. Au fond, elle n'a pas tort même si beaucoup de femmes n'ont ni le temps ni les moyens de prendre soin d'elles (autant qu'elles le devraient !). Je
trouve sa conception de la beauté encore valable aujourd'hui car selon elle, une femme qui soigne son apparence a davantage confiance en elle, c'était une vraie féministe car elle n'opposait pas
l'intelligence à la beauté.