« Indignation » de Philip Roth

Publié le par Eve

« C’est cela que j’avais appris de mon père, et que j’avais aimé apprendre de lui : que ce qui doit être fait, on le fait. »

 

indignationRappelez-vous, Indignation était l’un des titres phares de la rentrée littéraire 2010, à ne pas confondre avec Indignez-vous !, le livre de Stéphane Hessel et véritable « phénomène d’édition » (c’est Wikipédia qui le dit), cette fois-ci c’est sur le vingt-neuvième roman de Philip Roth que j’ai choisi de me pencher.

 

L’histoire se déroule en 1951. Le héros de ce roman, le jeune Marcus Messner, 19 ans, a déclenché l’ire paternelle en décidant d’aller poursuivre ses études universitaires au Winesburg Collège, Ohio, une fac située à « quinze heures de route du New Jersey », de Newark et de la boucherie kascher familiale. Marcus cherche ainsi à échapper à l’emprise d’un père devenu paranoïaque. Des symptômes qui rendent le quotidien du jeune homme invivable à tel point que l’éloignement lui semble bientôt être la seule issue. À Winesburg, Marcus va vite déchanter, Juifs ou goys, il ne s’entend pas avec ses camarades de chambrée et trouve les professeurs bien moins brillants que ceux de la fac de Newark. Malgré l’insistance des autres étudiants, il ne souhaite pas intégrer de fraternité ni faire partie de l’équipe de base-ball. Son esprit frondeur lui vaut l’attention soutenue du doyen Caudwell qui ne tarde pas à lui faire subir un interrogatoire en bonne et due forme. Pour couronner le tout, Marcus tombe amoureux d’Olivia Hutton, une étudiante à la réputation sulfureuse…

 

Mon avis

Indignation est une excellente entrée en matière pour ceux et celles qui n’auraient pas encore lu Philip Roth, on y retrouve les motifs qui traversent toute son œuvre : Newark, la banlieue de son enfance, la question de la judéité, les névroses familiales, le sexe, le milieu universitaire et l’hypocrisie de l’Amérique puritaine des années 50. Ce que je préfère chez Philip Roth c’est son humour mordant et ses anti-héros toujours en profond décalage avec la morale et la société bien pensante, ce qui leur occasionne assurément pas mal d’ennuis. Marcus Messner ne fait pas exception à la règle et, on ne peut s’empêcher de trouver le fils irréprochable et l’étudiant brillant plutôt attachant, surtout quand il commence à se rebeller. Marcus est un jeune homme, somme toute, parfaitement normal évoluant dans un environnement totalement malsain. Dès le début de ce roman, Philip Roth fait du lecteur son complice en le « mettant au parfum », en effet, Marcus Messner va bientôt mourir. Comment ? Sur les champs de bataille de Corée, pourquoi ? C’est tout le suspense de ce roman. Une chaîne d’événements, du plus infime au plus notable, va conduire Marcus à une fin tragique. La « mécanique littéraire » de l’auteur est bien huilée et quasi infernale pour le lecteur qui ne peut s’empêcher de penser à la fin de Marcus, si proche. L’épilogue de ce roman, bien qu’attendu, m’a laissé un goût amer, comme une impression de gâchis. Indignation est un excellent Philip Roth mais il est aussi et sans conteste, un des ses romans les plus noirs.

 

Extraits

p. 16, « Ma tâche ne consistait pas seulement à plumer les poulets, mais à les vider. On leur ouvre un peu le cul avec un couteau, on plonge la main, on attrape les viscères et on les extirpe. Je détestais faire çà. Écoeurant, dégoûtant, mais il fallait que ce soit fait. C’est cela que j’avais appris de mon père, et que j’avais aimé apprendre de lui : que ce qui doit être fait, on le fait. »

 

*

p. 76 « J’étais résolument hostile à l’obligation d’assister à l’office, à commencer par le lieu lui-même. Je trouvais totalement injuste d’exiger de moi que j’aille dans une église chrétienne écouter pendant quarante-cinq ou cinquante minutes le Dr Donehower ou qui que ce soit d’autre me faire des sermons contre mon gré, afin d’obtenir mon diplôme d’une institution laïque. J’y étais opposé non parce que j’étais un Juif pratiquant, mais parce que j’étais un athée convaincu. »

 

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p. 142 « Le travail : il y a des gens qui aspirent au travail, n’importe quelle sorte de travail, si pénible ou répugnant qu’il soit, pour chasser l’âpreté de leur vie et bannir de leur esprit les pensées qui tuent. »

 

Indignation de Philip Roth, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 2010, 196 pages.

Une chanson d'Elvis datant de 52, qui m'évoque ce roman. Enjoy !

Publié dans Un peu de lecture

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