Israël Horovitz, un new-yorkais à Paris

Publié le par Eve

« Aujourd’hui moi aussi je sais que « ma vie m’a sauvé la vie » et que tout ce que j’ai vécu s’est accumulé pour former la vie que je vis aujourd’hui. J’éprouve une étrange forme de reconnaissance. »

 

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Après l’excellent Just Kids de Patti Smith, il me fallait une autobiographie suffisamment « consistante » pour tenter de souffrir la comparaison. J’ai choisi de lire l’autobiographie d’Israël Horovitz surtout par curiosité puisque je crois n’avoir jamais vu ni même lu de pièces du dramaturge américain.

J’ai trouvé que le monsieur de 70 ans et des poussières avait l’air sympathique sur la couverture : c’est déjà un bon point de départ… J’étais persuadée qu’il avait des choses à dire et j’avais raison.

 

Des débuts difficiles dans l’existence

Page 17, l’auteur donne le ton de tout son récit : « Comme de nombreuses familles américaines juives d’Europe de l’Est, la famille Solberg doit sa survie à une ironie de l’histoire. Si mon grand-père et ses frères et sœurs étaient restés en Lettonie, ils auraient été éliminés par les nazis et vous ne seriez pas en train de lire ce livre. »

Le petit Israël n’a que 3 ans quand « son » monde et « le » monde s’effondrent autour de lui, ses oncles partent combattre les nazis et sa grand-mère maternelle se fane de chagrin. À la maison, ce n’est pas rose non plus… « Pendant des années et des années j’ai haï mon père parce qu’il nous battait, moi et ma sœur. A un moment, je haïssais ma mère parce qu’elle était incapable de l’arrêter. Jusqu’au jour où, comme par miracle, j’ai commencé à me construire ma vie à moi, celle dont je rêvais, et j’ai appris à oublier la part d’eux que je haïssais, j’ai appris à vivre ma vie sans. »

 

Une vocation précoce

Peut-être pour ne pas vivre toute sa vie avec des regrets, comme son père qui abandonnât ses études de droits pour ne les reprendre que sur le tard, Israël Horovitz se lance très tôt dans ce qui devient bientôt une véritable vocation, l’écriture. Son premier public est celui da sa synagogue, il est chargé par le rabbin d’écrire un petit sermon pour le service du vendredi. Au lycée, il gagne de nombreux prix d’éloquence tandis que son professeur d’anglais reconnaît en lui un écrivain en herbe.

Marié bon gré, mal gré à seulement 18 ans, il met un terme à ses études et décroche un petit boulot. Mais le destin s’en mêle quand son fils meurt quelques jours seulement après sa naissance, le mariage est bientôt annulé et Israël redémarre de zéro à Boston. C’est dans cette ville porte-bonheur qu’il rencontre Doris, une artiste peintre qui deviendra sa seconde épouse et la mère de trois de ses enfants. Israël décroche un job de régisseur, le reste du temps, il écrit. « Je travaillais sans relâche. J’adorais çà. Écrire me transportait de bonheur, un sentiment complètement nouveau et irrésistible. En un rien de temps je m’étais réinventé. »

 

Une rencontre décisive

Le couple économise pour permettre à Israël de réaliser un projet, partir étudier un an à Londres à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art. Si l’expérience se révèle  décevante, elle donne l'occasion à Israël Horovitz de venir à Paris pour la première fois et d’y rencontrer un « père spirituel », Samuel Beckett, dont la présence tutélaire habite chaque page de ce récit. « Dans la vie, nous avons les pères que nous nous donnons. Samuel Beckett était évidemment le père que je m’étais donné. »

 

Une reconnaissance internationale

Si ce livre est émaillé d’anecdotes étonnantes et amusantes, il m’a surtout touché par sa sincérité. Israël Horovitz a gravi une à une les marches du succès et il le doit autant à son talent d'écriture qu’à sa discipline de travail. Marathonien, tout comme sa troisième épouse, il s’impose un rythme quasi militaire dans l’écriture de ses pièces. À soixante-dix ans passés, Israël Horovitz porte sur son parcours personnel un regard parfois teinté d’ironie, les extraits ci-dessous en témoignent, mais il est avant tout un homme vivant, positif et profondément engagé dans son art. Quand, au fil des pages, Monsieur Horovitz  égrène un à un les titres de ses pièces de théâtre, dont la plupart sont auréolées d’un succès international : Les rats, L’indien cherche le Bronx, Le premier, etc. on ne peut s’empêcher de penser au petit garçon qui, soixante ans plus tôt, ramassait les balles de golf sur les greens du Massachusetts.

 

Citations

 

Page 87 : « L’hiver 1962-1963, Londres connut la chute de neige la pire de son histoire. Tous les matins nous étions obligés de briser la glace qui se formait dans les toilettes au cours de la nuit. (…) Sylvia Plath enfouit sa tête dans sa cuisinière cet hiver-là. Mais Doris, Rachael et moi, nous étions heureux. »

 

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Page 90 : « Plus tard dans l’après-midi, nous irons au Père-Lachaise avec Rachael pour voir la tombe de Modigliani. Lui et sa femme sont enterrés côte à côte sous la même pierre tombale. De son côté à lui on peut lire :
« Frappé par la mort en pleine gloire. » De son côté à elle :
« Compagne dévouée jusqu’au sacrifice extrême.
 »

 

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Page 91-92 : « Le premier jour où j’ai été à Paris, j’ai fait de l’œil à Simone de Beauvoir. Et elle m’a fait de l’œil. J’aime bien cette ville.
Elle me porte bonheur. 
»

 

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Page 150 : « J’ai compris que c’est ce que la vie a de plus excitant et de plus effrayant : nous ne serons jamais ce que nous étions. La vie change. »

 

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Page 201 : « Quand j’étais gamin, j’allais travailler le samedi dans la boutique de mon oncle Max. Une de mes tâches était d’arracher à la main les reliures et les couvertures de vieux bouquins avant qu’ils soient pilonnés.
C’est ainsi que j’ai été initié à la littérature. »

 

Page 252 : « Oui, j’ai conscience que les dramaturges ont la détestable habitude de choisir des évènements de leur vie pour les passer à la machine, leur donner une nouvelle forme et les suspendre sur le fil à linge le plus public possible.
Je le sais et je m’en excuse. »

 

Un new-yorkais à Paris, Israël Horovitz, Grasset, 2011, 21€50 

Publié dans Un peu de lecture

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karina 03/02/2012 21:05

1- super de voir que ce blog reprend des couleurs !
2- cette biographie me tente beaucoup, je ne connaissais pas l'auteur, enfin que de nom, et la photo de couverture dégage une énergie incroyable. On voit que cet homme est foncièrement positif et
joyeux.
3- Il est marathonien comme Murakami... Combien y-t'il d'écrivains pratiquant la course à pied ?... Faut-il savoir courir pour savoir écrire ????

Eve 04/02/2012 10:24


1- l'année n'a pas démarrée en fanfare c'est sûr... du mal à écrire mais çà revient ! 2- c'est vrai que c'est la photo qui m'a donné envie de lire le livre : il s'en dégage quelque chose tu as
raison : une énergie 3- j'aime bien ta question, je ne savais pas que Murakami courrait : on pourrait s'amuser à les compter tous ces écrivains qui courrent : est ce lié à la persévérance ? à la
discipline dans l'écriture ? je pense tout simplement aussi que c'est pour garder un certain équilibre mental et physique : autrement dit, garder les pieds sur terre...