Jim Harrison, "Grand Maître"

Publié le par Eve

"Le besoin d'extase, la necessité de sortir de nous-mêmes étaient si grands que nous étions prêts à souscrire aux croyances les plus stupides et les plus tarabiscotées."

 

grand maître

 

Comme le laisse entendre le titre, la toile de fond du dernier roman de Jim Harrison est bien l'endoctrinement sectaire.

Jeune retraité, l'inspecteur Sunderson se trouve dans l'impossibilité de lâcher la barre. En effet, il s'est juré de boucler sa dernière affaire et de coincer le gourou d'une secte New Age qui se fait appeler "Grand maître".

Commence alors une traque quasi obsessionnelle qui le conduit du vert Michigan au désert aride de l'Arizona. Sous le vernis New Age de la secte et  le discours bon enfant de son gourou, Sunderson perce à jour un redoutable prédateur, un gourou prêt à tout pour assouvir son goût pour les toutes jeunes filles et les billets verts.

Comme toujours chez Harrison, sous des abords un peu bourru, notre héros se révèle être un individu sensible, intelligent et cultivé mais en proie à lutter contre de vieux démons, la dépression et son corollaire, la dépendance à l'alcool... Tout comme chez Cliff, le héros sexagénaire d' Une Odyssée américaine,  on retrouve chez Sunderson une face sombre et une face plus lumineuse, un divorce douloureux et difficile à surmonter, une fuite en avant à travers l'alcool et le sexe mais aussi un homme épris de justice, bienveillant, entouré par ses amis et sa famille, un goût pour la vie au grand air et une passion pour la pêche.

Même si je dois avouer que j'ai trouvé la fin de ce roman un peu "faiblarde", ce que j'aime chez Harrison, c'est qu'à l'instar d'un Philip Roth, il pousse parfois le lecteur dans ses retranchements et l'amène à réfléchir sur des sujets épineux.

Chez Harrison, la traque du gourou n'est qu'un prétexte pour évoquer les vraies questions de ce livre comme l'extermination des tribus indiennes au 19e siècle ou encore les clichés positifs sur le "bon sauvage" que la société américaine continue de véhiculer et de perpétuer au travers de la culture Western. Citons également la question centrale du poids de la religion et des sectes dans la fondation de la nation américaine. Questions historiques, questions passionnantes évoquées au travers de ce roman et qui font de Jim Harrison un des meilleurs et des plus importants écrivains de son temps.

 

Grand Maître, Jim Harrison, traduit de l'américain par Brice Matthieussent, Editions Flammarion, 350 pages, 2012.

Publié dans Un peu de lecture

Commenter cet article