« Julia & Roem » d’Enki Bilal

Publié le par Eve

« L’idéal serait que chacun puisse s’accaparer mes images à sa manière, avec sa propre liberté de regard. »

 

bilalL’histoire

C’est au volant de sa Ferrari à énergie solaire qu’Howard George Lawrence, aumônier multiconfessionnel de son état, trace la route au hasard. Un dérèglement climatique appelé « Coup de Sang » a complètement dévasté la terre, la transformant en un désert uniforme n’offrant plus aucun point de repère à l’être humain. C’est dans ce décor post-apocalyptique et sous un ciel électrique et tourmenté qu’Howard tombe sur Merkt et Roem, deux jeunes naufragés du désert. Howard les sauve d’une mort certaine en leur administrant des capsules d’eau en poudre. Le trio se dirige alors vers une énorme bâtisse à l’horizon, mais l’endroit, un hôtel resté inachevé, est déjà occupé par un groupe de survivants peu enclins à partager leurs précieuses ressources, parmi eux, la ravissante Julia, le décor est planté…

 

Mon avis

Si avec Julia & Roem, Enki Bilal nous livre un album crépusculaire (comment ne pas voir dans cet album un écho troublant à une actualité malheureusement trop riche en catastrophes naturelles et dérèglements climatiques en tout genres ?), l’histoire n’en est pas moins traversée par une lueur d’espoir, une histoire d’amour entre deux jeunes gens.

Bilal n’est certes pas le premier auteur à revisiter la pièce de Shakespeare, toutefois il va un « cran » plus loin en mettant les vers du tragédien dans la bouche de ses personnages, un procédé audacieux qui, une fois l’effet de surprise passé, se révèle un peu lourd.

Pour cet album, Enki Bilal abandonne la peinture pour revenir au dessin, un dessin virtuose et d’une grande beauté formelle (voir ci-dessous la planche avec la Ferrari d’Howard).

Dans une interview accordée au site Internet de Casterman, Bilal dit la chose suivante : « je traite chaque image comme un tout, de façon totalement libre, et je me réserve le final cut. J’espère qu’il subsiste un peu de cet esprit de liberté à la lecture. » Cette « liberté de narration » que revendique l’auteur m’a parfois déstabilisée. Emportée très loin par certaines planches, j’ai fini par perdre le fil et je suis restée à l’extérieur de l’histoire, presque hermétique aux sentiments et au devenir des personnages.

Si l’auteur nous embarque avec assez de facilité dans un univers de science-fiction, le format choisit (80 pages), en revanche, ne permettait pas aux personnages d’acquérir l’épaisseur nécessaire. Je m’avance peut-être un peu, mais je pense qu’il aurait fallu à Bilal le double de pages pour que son scénario tienne toutes ses promesses.

Ferons-nous plus ample connaissance avec les quatre personnages que nous quittons à la fin de ce « one shot » ? En particulier avec l’énigmatique Howard ? Personnage avec qui j’aurais bien fait encore un bout de route ! Rien n’est moins sûr avec Enki Bilal.

Je reste donc sur un sentiment mitigé, encore une fois séduite par le dessin d’Enki Bilal mais plus réservée sur le scénario.

 

planche Bilal

© Enki Bilal / Casterman

 

Julia & Roem d’Enki Bilal, Les Éditions Casterman, 80 pages, 18 €, mai 2011

Publié dans Un peu de lecture

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