Les « Bonbons assortis » de Michel Tremblay

Publié le par Eve

bonbonsL’histoire

L’auteur relate au travers de huit nouvelles, à la fois drôles et émouvantes, huit épisodes tragi-comiques de son enfance dans le Montréal des années cinquante. Les souvenirs de Michel Tremblay sont circonscrits à un lieu précis, la maison familiale située rue Fabre à Montréal. Dans la petite enfance de l’auteur, cette grande maison accueille alors pas moins de onze membres de la « parenté » Tremblay. Il y a Michel, sa mère Rhéauna dite « Nana », son père, ses deux grands frères, sa grand-mère Tremblay, sa tante Robertine, ses deux cousines (filles de Robertine) et enfin, ses deux oncles Tremblay, également à demeure. Cette promiscuité obligée entre les membres de la famille engendre pas mal de « chicanes », en particulier entre Nana et sa belle-mère, la grand-mère Tremblay. Une rivalité qui s’exprime à tout propos et dont le petit Michel, dissimulé sous la table de la salle à manger, se fait le témoin privilégié et parfois indiscret.

 

Mon avis

Avec ce livre, j’ai d’abord découvert la truculence de langue québécoise, un « parlé montréalais »* que l’auteur restitue au travers de savoureux dialogues qui ne doivent rien au hasard puisque Michel Tremblay est également connu comme dramaturge. À cinquante ans d’intervalle (le livre a été publié en 2002), Michel Tremblay réussit à réenchanter une enfance plutôt modeste mais somme toute heureuse. La première nouvelle, « Le cadeau de Noces », laisse entrevoir les difficultés financières de la famille Tremblay, les femmes de la famille tentent de trouver une solution pour offrir un cadeau de mariage à la voisine alors qu’il n’y a plus un sou vaillant dans la maison. L’auteur semble comme marqué au fer rouge par sa prime enfance, les souvenirs de sa mère en particulier, disparue trop tôt, sont d’autant plus vivaces. Une nouvelle, « Le soulier de satin », illustre cet attachement sans bornes qui le lie à sa mère. Elle évoque un souvenir cuisant, au propre comme au figuré, celui de sa première communion. Ce jour-là, Michel se rend à l’église avec les « souliers de fille » achetés par sa mère pour l’occasion, des souliers trop petits qui lui cisaillent les pieds, prêt à endurer en silence la douleur et la honte, ceci afin de ne pas contrarier sa mère.

Bien que situés dans leur jus, le Montréal des années cinquante, Les Bonbons assortis de Michel Tremblay transcendent les époques et les frontières pour témoigner de quelque chose d’universel sur les émotions de l’enfance faites de grandes joies et de profondes déceptions. Le contexte d’un « terroir » et la présence tutélaire de la mère m’ont fortement fait penser à la trilogie de Marcel Pagnol intitulée Souvenirs d’enfance.

flag canada.svgJ’ai lu Bonbons assortis dans le cadre d’un challenge lectures « Canada - D’un océan à l’autre » organisé par le blog « Des livres en trop ? … Jamais !!! », ce livre est donc une heureuse entrée en matière !

 

* « Le Joual est un sociolecte de langue française  issu de la culture populaire québécoise urbaine de la région de Montréal. », source Wikipédia.

 

Extraits


Page 24 dans « Le cadeau de noces » :

— Pas votre beau plat à pinottes !

Elles avaient parlé en même temps, sur le même ton de désespoir, et ma mère leur fit signe que oui, un petit oui piteux qui contenait, qui soulignait surtout, qui le sublimait presque, le grand sacrifice qu’elle était sur le point de faire. « Faut ben faire quequ’chose… Si on donne rien à c’te fille-là pour son mariage, ses parents nous regarderont pus jamais ! On va passer pour des sauvages ! On va passer pour des ignorants ! On va passer pour des sans-dessein ! »

 

*

 

Page 79 dans « La preuve irréfutable de l’existence du Père Noël » :

« Allô, Santa ? Comment çà va, vieux verrat ! C’est Josaphat-le-violon, icitte… Eh oui, çà fait vraiment un bout de chandelle, hein ? Certainement, que chus toujours violoneux ! M’as dire comme on dit : “Violoneux un jour, violoneux tout le tour…” J’ai l’archet moins frétillant qu’avant, mais çà s’endure, les femmes s’en tannent pas. Pis toé ? Toujours aussi gros ? Pis les tartes à’ farlouche de ta femme sont toujours aussi bonnes ? Comment c’qu’a’ va, elle ? Toujours en maudit de te voir partir tu’es ans la veille de Noël ? »

 

*

 

Page 111 dans « Le chanteur de Mexico » :

Lorsqu’une chanson était particulièrement populaire dans la famille, il fallait entendre la cacophonie qui s’élevait dans la maison : personne sur le même ton ni sur le même rythme, une pâte sonore indescriptible qui sortait par les fenêtres pour aller scandaliser les oreilles de tout le voisinage mais, mêlée à tout çà, une espèce de joie de vivre et de vouloir bien faire que plusieurs devaient nous envier. »

 

Bonbons assortis de Michel Tremblay, collection Babel, Actes Sud, 160 p., juin 2010, 6,50 €

   

Lien Internet du challenge lectures « Canada – D’un océan à l’autre » 

 

 

 

Publié dans Un peu de lecture

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Commenter cet article

marie-lola 13/11/2016 22:12

pourriez-vous expliquer le rapport entre les histoires et le titre du livre s'il vous plait? J'ai penser qu'il avais rapport avec le fais que chaque anecdote était comme une petite sucrerie de son enfance, mais je ne pense pas que cela soit juste...

favour 13/05/2014 16:41

ok