« Rosa candida » par Audur Ava Ólafsdóttir

Publié le par Eve

« On parle du corps à cent cinquante-deux endroits dans la bible, de la mort à deux cent quarante-neuf et de roses et autre végétation terrestre à deux cent dix-neuf. »

 

rosa candidaL’histoire

Arnljótur est un jeune homme atypique. Père à seulement 22 ans d’une petite Flóra Sól, un bébé radieux comme un ange et fruit d’une relation d’une seule nuit avec une étudiante en génétique, il cultive une passion peu commune pour un Islandais, l’horticulture… Sa mère s’est escrimée pendant des années à faire pousser des plantes dans la terre infertile de son jardin, et plus particulièrement une rose à huit pétale, la Rosa Candida, une variété très rare qui s’est épanouie dans la serre.

Après le décès accidentel de sa mère, Arnljótur prend une décision qui va infléchir le cours de son existence, il quitte l’Islande pour réaliser un rêve, remettre en état le jardin d’un monastère tombé à l’abandon et situé aux confins de l’Europe. Il laisse derrière lui un père déjà âgé et soucieux, un frère jumeau autiste et un bébé qu’il connaît à peine. Après un long voyage et quelques péripéties, le voici arrivé au monastère, il est accueilli par frère Thomas, un moine cinéphile qui cherche des réponses aux problèmes existentiels dans des films d’art et d’essai. Arnljótur se met à l’ouvrage sous le regard plus que dubitatif des moines, les distractions sont rares et la vie s’écoule, tranquille, jusqu’au jour où un événement imprévu vient tout bouleverser.

 

Mon avis

Je connaissais l’Islande pour ses volcans capricieux aux noms imprononçables, ses paysages lunaires et ses chanteurs pop, désormais, grâce à ces 333 pages, je sais que c’est aussi une terre d’écrivains.

Comme c’est mon premier roman islandais, j’ai été un peu décontenancée de voir dès le début de l’histoire, le héros de ce roman, le jeune Arnljótur, quitter son île pour une destination mystérieuse. En effet, l’auteur situe volontairement le monastère en en un lieu indéfini du sud de l’Europe, chaque lecteur projettera l’histoire en un lieu de son choix, (pour ma part ce fût l’Italie).

Ma déception fut de courte durée, tant le héros de ce roman, tout comme chaque personnage, est profondément humain et attachant. Le lecteur n’a qu’une envie, suivre Arnljótur dans son périple et découvrir son histoire et celle de sa famille.

Tel Ulysse, le héros de ce roman fait un long voyage ponctué d’épreuves initiatiques (le pâté de hérisson…) et de belles rencontres. Un peu bousculé par la vie, Arnljótur va devoir mûrir plus vite que prévu mais les épreuves traversées lui permettront aussi de réaliser de grandes et belles choses. (Je ne peux pas trop dévoiler trop d’éléments de l’histoire sous peine de gâcher le plaisir du lecteur !)

Roman d’apprentissage, Rosa candida est de ces romans rares qui ne ressemblent à aucun autre, il nous parle de la vie et de la mort, du désir, des rêves que l’on croit irréalisables, des relations humaines complexes et intenses, de la beauté, de la transmission…

 

Extraits

 

p. 18, « Il conduit si lentement à travers le champ de lave hérissée que je peux contempler à loisir les oiseaux perchés à intervalles réguliers sur les sommets pointus de couleur violette dans l’aube tachetée de bleu, comme çà à l’infini, mesure après mesure, comme la partition mélancolique d’une œuvre musicale qui va crescendo. »

 

p. 30, « Au moment même où je relâche les liens terrestres, il n’est pas anormal que je pense à la mort. Je suis un jeune homme de vingt-deux ans et il faut bien que je plonge plusieurs fois par jour dans des méditations sur la mort. »

 

p. 88, « De quoi avez-vous envie ? » demande-t-elle.

C’est la pire question qu’on puisse me poser car elle touche au tréfonds de mon être ; je ne sais pas encore ce que je veux, il me reste tant de choses à expérimenter et à comprendre. »

 

p. 146-47, « Il n’a vraisemblablement vu qu’un seul film de mon pays natal.

« Mais il était beau, dit-il. Très insolite. De l’herbe très verte. Un grand ciel. Une belle mort. » Il apparaît que frère Thomas regarde les films en version originale, sans sous-titres. »

 

p. 152, « J’inspecte mieux le firmament ; il n’y a pas à s’y tromper, la lune est d’une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche ; quant à mes étoiles natales, elle ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part ; on voit à leur place des astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »

 

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J’ai lu ce roman dans le cadre du défi « Scandinavie blanche » organisé par Prune et j’ai choisi la catégorie « Ourson ».

 

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Rosa Candida d’Audur Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, Éditions Zulma, 2010.

 

Publié dans Un peu de lecture

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Karina 05/06/2011 10:51


Il a l'air étonnant ce roman, je le mets dans ma PAL pour les vacances !


Eve 05/06/2011 18:15


c'est une bonne lecture de vacances et "étonnant" c'est le mot, l'auteur a bien réussi à se mettre dans la peau d'un jeune homme de 22 ans. Ce roman a bénéficié d'un bouche à oreille important, je
pense que c'est assez justifié ! sinon çà fait plaisir de te "voir" par ici, en même temps : peu d'activité sur le blog dernièrement ^^


prune 04/06/2011 20:16


Je suis contente de voir que tu n'as pas oublié le défi scandinave. J'ai lu beaucoup d'avis positifs sur ce roman et tu as l'air de confirmer qu'il vaut le coup. Je l'ajoute donc à ma liste !


Eve 04/06/2011 23:34


j'ai mis le temps c'est vrai ! j'avais commencé un autre roman resté inachevé : trop glaçant (c'est le risque avec un défi scandinave...) Même si certains bloggers trouvent ce roman inégal et
écrivent qu'ils se sont ennnuyés, çà reste un roman plaisant à lire, il faut juste se laisser porter...