« Sensei no kaban », « Les années douces » de Kawakami Hiromi

Publié le par Eve

Chez Kawakami, il y a de la poésie dans le quotidien : dans une simple ballade au marché, dans la cueillette des champignons ou dans une soirée passée à boire du saké en tête-à-tête.

 

annees doucesTremblant le saule,

Blanche la rivière dans la nuit,

Et au-delà de l’eau la fumée des prés

Au-delà de la rivière

À peine perceptible le son d’une flûte

Touche le cœur du voyageur

 

L’histoire

Célibataire et solitaire mais pas esseulée pour autant, Tsukiko n’est pas une héroïne de roman comme les autres. Un soir, après son travail, alors que la trentenaire dîne dans son restaurant favori, Harutsuna Matsumoto, son ex-professeur de littérature au Lycée, vient l’aborder. Affinités électives, goût partagé pour le saké chaud but en silence et en grandes quantités, le « senseï » parvient à apprivoiser le caractère boudeur, voire renfrogné de Tsukiko. Petit à petit, les rencontres fortuites des débuts se transforment en véritables rendez-vous…

 

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce roman car il célèbre à chaque page l’instant présent et les bonheurstaniguchi simples. Chez Kawakami, il y a de la poésie dans le quotidien : dans une ballade au marché, dans la cueillette des champignons ou dans une soirée passée à boire du saké en tête-à-tête.

Les années douces raconte la complicité naissante et bientôt amoureuse, entre une jeune femme et celui que la société considère comme un « vieux monsieur ».

Si l’auteur s’est emparé d’un sujet sulfureux, tout du moins pour la société japonaise, son écriture sensible emporte le propos vers la poésie. Au fil des pages, l’auteur lève pudiquement le voile sur les blessures secrètes des deux protagonistes. On comprend mieux alors la solitude de leurs existences et leurs difficultés à surmonter leurs préjugés pour vivre enfin un amour considéré comme tabou.

Dans ce livre, Kawakami Hiromi compose un très joli portrait de femme, à la fois délicat et contemporain comme j’en ai rarement lu ces dernières années. Je me suis tout de suite attachée à Tsukiko pour son caractère rebelle et indépendant, loin des clichés d’une femme japonaise réservée et soumise. La qualité de ce texte n’a d’ailleurs pas échappé à Taniguchi qui a adapté ce roman en BD. Mine de rien, ce livre dit long sur notre société moderne, sur la solitude urbaine, l’ennui et la mélancolie de l’existence.

Tour à tour drôle, émouvant et romantique, Les années douces saura séduire le lecteur le plus blasé…

 

Les années douces, Kawakami Hiromi, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Picquier poche, 2005.

Publié dans Un peu de lecture

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