« Yasashii uttae », « Les tendres plaintes » de Ogawa Yoko

Publié le par Eve

AgawaL’histoire

N’ayant plus rien à sauver d’un mariage en bout de course, Ruriko décide sur un coup de tête de quitter un mari violent et infidèle et de partir se réfugier dans le chalet de son enfance. C’est là, dans le calme de la forêt, qu’elle va parvenir à retrouver un peu de sérénité et qu’elle va se consacrer pleinement à ce qui n’était jusqu’ici qu’une activité d’appoint, la calligraphie. Elle ne tarde pas à faire la connaissance de son voisin, l’insondable et séduisant Nitta. Ce facteur de clavecins a abandonné une carrière prometteuse de pianiste pour vivre en retrait du monde. Il n’a, pour toute compagnie, que son vieux chien malade et sa fidèle assistante, la ravissante Kaoru. Les saisons passent et Ruriko n’a toujours aucune nouvelle de son mari. Elle tombe peu à peu sous le charme de Nitta et se retrouve alors au cœur d’un inextricable triangle amoureux…

 

Mon avis

Une chose est sûre, il règne sur ce roman une atmosphère étrange et particulièrement envoûtante. La forêt semble ensorceler les protagonistes de l’histoire, c’est comme si elle était dotée d’une volonté propre et qu’elle voulait garder pour elle seule les personnages de ce roman et ne plus jamais les laisser repartir.

C’est ce glissement narratif vers le fantastique qui m’a réellement fasciné dans ce roman et qui lui donne, à mon sens, un supplément d’âme.

Même si l’auteur nous révèle par bribes le passé de l’héroïne, la violence de son mari, l’existence d’une maîtresse, l’impossibilité de concevoir un enfant… Le cœur de cette histoire c’est bien la relation qui se tisse au fil des saisons entre les trois protagonistes : Ruriko aime Nitta dont le sort est indéfectiblement lié à celui de Kaoru, l’équation amoureuse semble insoluble !

Au contact de Nitta et de Kaoru, Ruriko va révéler autant sa sensibilité artistique que sa force de caractère, tant et si bien que le lecteur en vient parfois à oublier son passé de femme battue et humiliée. Grâce au regard bienveillant que posent sur elle ses nouveaux amis, Ruriko va peu à peu se relever et à reprendre foi en la vie et, comme un clavecin désaccordé, se remettre à sonner juste.

 

J’ai découvert en Yoko Ogawa une excellente romancière, son écriture très fine m’a définitivement séduite et je poursuis ma découverte avec un autre de ses romans. Entre nous, je me demande même comment j’ai pu fréquenter pendant aussi longtemps les librairies et les bibliothèques et passer à côté de Yoko Ogawa, mais en littérature comme dans la vie, tout n’est-il pas qu’une question de bon timing ?

 

Les tendres plaintes de Yoko Ogawa, traduction de Rose-Marie Makino et Yukari Kometani, Actes Sud, 238 pages, 2010. 

Publié dans Un peu de lecture

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