"A marche forcée", Slavomir Rawicz

Publié le par Eve

"Cette idée du Baïkal comme guide naturel pour quitter ce pays de servage fut l'aiguillon qui nous fit poursuivre à marche forcée au cours des semaines suivantes."

 

a marche forcee

Il m'aura fallu pas moins de deux "aiguillons" pour entamer la lecture de ce qui n'est pas un roman mais plûtot un témoignage.

Il y a, d'une part, une bloggeuse (nous serions bien peu de choses sans nos amis bloggeurs...), et d'autre part, un écrivain-voyageur en la personne de Nicolas Bouvier qui nous lance cette irrésistible invitation à la lecture en quatrième de couverture : "Ce n'est pas de la littérature, c'est peut-être mieux que çà.", invitation à laquelle je n'ai pu résister...

L'éditeur a été bien inspiré d'aller chercher cette citation de Nicolas Bouvier, c'est quand même plus attractif que : "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le goulag sans jamais oser le demander" ou "Petit manuel de survie en Sibérie".

Car oui, chers lecteurs, autant vous le dire tout de suite, ne vous laissez pas embobiner par la somptueuse photographie de la couverture, il s'agit bien d'un livre sur le goulag, quoi de mieux pour se mettre en train en cette rentrée...

L'histoire (vraie) est celle de Slavomir dit "Slav", un  officier polonais de 24 ans, fait prisonnier par les Soviétiques en 1939  et condamné à 25 années de travaux forcés  dans un des "pires goulag" (hyperbole?) de Sibérie.

Après une interminable et attroce déportation en wagon plombé jusqu'au bout du monde, je veux parler du camp 303 de Yakoutsko, les nombreux déportés doivent faire face à des conditions de vie extraordinairement difficiles. Ils dorment à même la neige avant de pouvoir construire eux mêmes leurs baraquements, la nourriture est frugale, la vermine règne sur le camp.

Sous la houlette de Slav, un petit groupe d'irréductibles décide de tenter l'impossible, une évasion vers le sud avec en ligne de mire l'Inde et la liberté, un incroyable périple de plusieurs milliers de kilomètres sans boussole, sans équipement, sans provisions et sans autre assistance que celle des trop rares habitants des steppes. 

 

"A marche forcée" fait partie de cette catégorie de livres à lire absolument, ce récit haletant a une portée universaliste et parlera à toutes les générations. On a immédiatement envie d'en conseiller la lecture autour de soi car chaque lecteur y puisera du courage et de l'inspiration.

Ces hommes nous rappellent une chose évidente et très simple mais que nous avons tendance à oublier : la liberté a un prix. Grâce à ce témoignage, gardons en mémoire l'histoire de ces hommes courageux qui se sont battus pour un idéal : vivre en hommes libres et qui pour cela ont payés, pour certains d'entre eux, le prix ultime.

 

A marche forcée, Slavomir Rawicz, collection Libretto, Phebus, 326 p., 2011. 

 

Publié dans Un peu de lecture

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